On me pose souvent la question avant le rendez-vous : « Comment ça se passe concrètement ? Est-ce qu'on peut s'y préparer ? Est-ce que vous allez me juger ? » Je comprends ces questions. La plupart des personnes qui poussent la porte de mon cabinet n'ont jamais passé d'examen psychologique de leur vie. Elles arrivent avec une histoire difficile - un contrôle, une sanction, parfois des mois d'attente et d'inquiétude - et elles ne savent pas ce qui les attend.


Cet article est ma façon de lever le voile. Je vous explique exactement comment je conduis un test psychotechnique, pourquoi je procède ainsi, et ce que j'observe vraiment pendant les 45 à 75 minutes que nous passons ensemble.

Ce que je suis autorisé à faire - et ce que dit la loi

Avant de décrire ma pratique, il me semble utile de rappeler le cadre réglementaire dans lequel j'exerce, parce qu'il explique beaucoup de mes choix méthodologiques.


L'examen psychotechnique dans le cadre de la récupération du permis de conduire est régi par l'arrêté du 26 août 2016, modifié par l'arrêté du 18 janvier 2019 et par l'arrêté du 16 juillet 2025. Ces textes, publiés au Journal officiel, définissent précisément le contenu de l'examen, les compétences que je dois évaluer, les thèmes que l'entretien doit obligatoirement couvrir, et les qualifications que je dois détenir pour exercer cette activité.


Pour faire passer ces tests, je dois être inscrit au répertoire ADELI (Automatisation DEs Listes) du Ministère de la Santé, avoir suivi une formation initiale spécifique d'au moins 9 heures dispensée par un organisme agréé par la Délégation à la sécurité routière, et renouveler cette formation de façon continue. Ce n'est pas une formation générale en psychologie : c'est une formation spécialement conçue pour l'évaluation de l'aptitude à la conduite, qui insiste notamment sur les problématiques psychologiques susceptibles d'avoir des incidences sur la sécurité routière.


L'avis que je rends est valable 6 mois et a une portée nationale : il est utilisable auprès de n'importe quelle préfecture française, peu importe où vous avez passé le test.

L'accueil : l'étape que tout le monde sous-estime

Vous arrivez. La première chose que je fais est de vous accueillir dans le sens le plus concret du terme : vous dire bonjour, vous proposer de vous asseoir, vous demander comment s'est passé votre trajet.


Ce n'est pas une politesse de façade. C'est de l'observation clinique.


L'état dans lequel vous arrivez - votre niveau d'agitation, votre posture, votre façon de parler, la qualité de votre contact visuel - m'informe déjà sur votre état psychophysiologique du moment. Un candidat qui arrive essoufflé, qui a couru depuis le métro, dont le rythme cardiaque est visiblement élevé, ne sera pas dans le même état cognitif qu'un candidat arrivé cinq minutes en avance et ayant eu le temps de souffler. Ce que je vois à cet instant fait partie de mon évaluation globale.


Je vérifie ensuite vos documents : pièce d'identité, décision de suspension ou d'annulation, le cas échéant la prescription médicale. Cette vérification est obligatoire et rigoureuse - des cas de fraude documentaire ont conduit les pouvoirs publics à mettre en place des QR codes sur les comptes rendus psychotechniques, que les médecins agréés peuvent scanner pour vérifier l'authenticité de l'examen. Je ne peux pas signer un compte rendu sans avoir la certitude de l'identité de la personne en face de moi.

Cette phase d'accueil dure en général 10 à 15 minutes.

L'entretien clinique : ce que je cherche vraiment à comprendre

C'est la partie de l'examen que les candidats appréhendent le plus et comprennent le moins. Beaucoup arrivent en pensant qu'il faut « bien répondre », dire ce que je veux entendre, ou au contraire qu'on leur tend un piège.


La réalité est plus simple et plus exigeante à la fois : je cherche à comprendre qui vous êtes, ce que vous avez vécu, et comment vous vous situez par rapport aux faits qui ont conduit à votre situation.


L'arrêté du 26 août 2016 définit six axes que l'entretien doit obligatoirement couvrir. Je les ai intégrés dans ma pratique de façon à ce qu'ils émergent naturellement dans la conversation, sans que vous ayez l'impression de répondre à un questionnaire.


Votre situation personnelle et professionnelle. Votre histoire, votre vie familiale, votre santé, votre hygiène de vie. Ce n'est pas de la curiosité : ces éléments permettent d'évaluer votre contexte global et d'identifier d'éventuels facteurs de risque ou au contraire de protection (stabilité de vie, soutien social, changements récents).


Votre usage du véhicule. Pourquoi conduisez-vous ? Pour le travail, les enfants, les courses, les loisirs ? Un conducteur pour qui le permis représente la condition même de son emploi n'a pas le même profil de risque qu'un conducteur qui utilisait sa voiture le week-end. Cette dimension m'aide à évaluer l'enjeu réel de la reprise de conduite pour vous.


L'état de votre véhicule. C'est une question qui surprend souvent, mais elle est révélatrice. La façon dont quelqu'un entretient son véhicule, s'il a une assurance à jour, s'il passe son contrôle technique, dit quelque chose de son rapport à la responsabilité et aux obligations légales.

Votre rapport au Code de la route. Pas un examen de code, rassurez-vous. Je cherche à comprendre si vous avez une représentation des règles, si vous en saisissez le sens, si vous avez intégré les modifications récentes. Ce n'est pas un quiz mais une conversation sur ce que représente conduire en sécurité.


La confrontation aux faits. C'est le moment le plus délicat, et je le sais. Je vous demande de me raconter ce qui s'est passé - pas pour vous rejuger, mais parce que la façon dont vous parlez de l'infraction est très informative. Est-ce que vous minimisez ? Est-ce que vous externalisez la responsabilité sur les autres, sur les circonstances, sur la malchance ? Est-ce que vous avez une analyse honnête de ce qui a conduit à la situation ? Est-ce que vous avez changé quelque chose dans votre comportement depuis ? Ce que je cherche ici, ce n'est pas la contrition parfaite - c'est la lucidité.


Votre motivation à reprendre la conduite. Pas seulement « j'en ai besoin pour aller au travail » - ça, tout le monde le dit. Mais comment envisagez-vous cette reprise ? Avec quelles précautions ? Avec quelle conscience de ce qui s'est passé ?


Je conduis cet entretien de façon non directrice, c'est-à-dire en évitant les questions fermées (oui/non) et en laissant la conversation prendre sa propre forme. Je relance, je reformule, je creuse certains points. Ce n'est pas un interrogatoire, et ce n'est pas non plus une psychothérapie. C'est une conversation structurée qui vise à construire une image clinique suffisamment précise pour que mon avis soit fondé.

Les tests informatisés : ce que j'évalue et comment


Après l'entretien, nous passons aux tests sur le dispositif informatique. La loi fixe ce que ces tests doivent mesurer : la qualité du compromis entre vitesse et précision des réactions psychomotrices, la coordination des mouvements, et l'efficience des fonctions attentionnelles et exécutives.


Concrètement, voici les grandes catégories d'épreuves que les tests couvrent, conformément aux préconisations de l'arrêté.


La coordination et la stabilité des mouvements. Il peut s'agir, par exemple, de tracer des lignes en suivant un modèle sans dépasser les contours, ou d'effectuer des gestes de précision avec les mains. Ce type d'épreuve évalue la maîtrise motrice fine, qui se reflète en situation de conduite dans l'usage du volant, du levier de vitesse, ou des commandes de direction.


Les réflexes et le temps de réaction. Ces épreuves mesurent la vitesse à laquelle vous répondez à un signal - mais surtout la qualité de cette réponse. Car ce qui compte dans la conduite réelle, ce n'est pas uniquement d'être rapide, c'est d'être rapide au bon moment. J'observe donc à la fois la rapidité et la précision : un temps de réaction très court avec beaucoup d'erreurs est aussi préoccupant qu'un temps de réaction lent avec peu d'erreurs.


L'attention sélective et la vigilance. Ces épreuves évaluent votre capacité à détecter des informations pertinentes dans un environnement complexe, à maintenir votre attention sur la durée, et à ne pas répondre à des distracteurs non pertinents. En conduite réelle, cela correspond à la capacité de repérer un piéton qui surgit alors qu'on est focalisé sur un feu tricolore, ou de maintenir la vigilance sur un long trajet.


La double tâche et la coordination bimanuelle. Certaines épreuves demandent de réaliser deux choses simultanément - par exemple, coordonner deux mouvements de mains à des rythmes différents, ou gérer deux flux d'informations en parallèle. C'est l'une des compétences les plus sollicitées en conduite moderne, où l'environnement est multistimuli.


Chaque épreuve est précédée de consignes claires et d'une phase d'essais : vous ne démarrez jamais une épreuve réelle sans avoir eu la possibilité de comprendre ce qui est attendu. Si les consignes ne sont pas claires, je les reformule. Si vous semblez particulièrement stressé à l'approche d'une épreuve, je prends le temps de vous rassurer et de laisser redescendre l'activation avant de commencer.

Cette phase dure environ 30 à 35 minutes.

Ce que j'observe au-delà des chiffres

Les résultats bruts des tests (temps de réaction moyens, taux d'erreurs, scores de précision) sont des données objectives que j'analyse avec des normes standardisées. Mais ce serait une erreur de penser que mon évaluation s'y réduit.


L'arrêté de 2016 est explicite là-dessus : il me demande de réaliser une analyse croisée des comportements observés lors de l'entretien et lors des tests. Je dois notamment observer comment vous vous comportez face à la situation d'examen elle-même : respectez-vous les consignes ? Comment vous adaptez-vous face aux situations nouvelles ? Comment réagissez-vous en cas de difficultés ou d'erreurs ?


Cette dernière dimension est particulièrement révélatrice. Certaines personnes, face à une erreur sur une épreuve, se ressaisissent, reprennent leur concentration et progressent. D'autres s'effondrent, se découragent, ou au contraire sur-compensent avec une agitation qui dégrade encore les performances suivantes. Ces réactions face à l'échec partiel sont de bons indicateurs de ce qui se passe en situation de conduite difficile : embouteillage, manœuvre ratée, situation d'urgence.


J'observe aussi la cohérence entre ce qui s'est dit pendant l'entretien et ce qui se passe pendant les tests. Une personne qui décrit un rapport très serein à la conduite mais dont le niveau de stress physiologique visible pendant les épreuves est très élevé pose une question clinique. Une personne dont l'entretien révèle une certaine impulsivité dans son rapport aux règles, et dont les tests montrent effectivement de nombreuses erreurs de commission (réponses données quand il ne fallait pas répondre), donne une image cohérente que je peux interpréter.

La restitution : le moment que beaucoup redoutent

À l'issue des tests, je compile les résultats et je vous les restitue. Ce moment dure en général 5 à 10 minutes. C'est ici que je rends mon avis : favorable, favorable avec restriction, ou défavorable.


Un avis favorable signifie que l'ensemble de l'évaluation - entretien et tests - montre que vous présentez les aptitudes cognitives, psychomotrices et comportementales compatibles avec une reprise de la conduite sécurisée. Le compte rendu est signé, daté, et vous est remis pour présentation au médecin agréé.


Un avis favorable avec restriction peut survenir dans certains cas particuliers - par exemple, si les résultats sont compatibles avec la conduite mais suggèrent une vigilance particulière sur un point précis (conduite de nuit, conduite sur autoroute, véhicule avec boîte automatique uniquement). Cette modalité est rare mais prévue par les textes.


Un avis défavorable ne signifie pas que vous ne serez jamais en mesure de conduire. Il signifie que, à la date de l'examen, les éléments recueillis ne permettent pas de conclure à votre aptitude. Je vous explique précisément sur quels aspects - cognitifs, psychomoteurs, ou comportementaux - le résultat est insuffisant, et je vous indique le délai à respecter avant de pouvoir repasser l'examen.


Ce délai, c'est moi qui le fixe, en fonction de la nature des difficultés observées. Pour une performance dégradée principalement par le stress ou un état de fatigue, quelques semaines peuvent suffire. Pour des difficultés cognitives plus structurelles, le délai sera plus long et un accompagnement spécialisé peut être recommandé.

Ce que je ne fais pas

Quelques clarifications qui reviennent souvent dans les questions des candidats avant le rendez-vous.


Je ne cherche pas à vous piéger. Ni pendant l'entretien, ni dans les tests. Les épreuves sont standardisées et validées scientifiquement : elles ne changent pas selon les personnes, elles ne contiennent pas de questions pièges. Mon rôle n'est pas d'invalider votre permis à tout prix ; c'est d'évaluer votre aptitude réelle.


Je ne vous note pas sur votre comportement passé. Ce qui est arrivé est documenté. Ce que j'évalue, c'est la personne en face de moi aujourd'hui : sa lucidité, ses capacités cognitives actuelles, son rapport au risque. Deux personnes ayant commis exactement la même infraction peuvent aboutir à des avis très différents selon ce que révèle l'examen.


Je ne transmets pas l'intégralité de notre échange à la préfecture. Le compte rendu que je transmets contient mon avis final et un argumentaire fondé sur les éléments recueillis. L'entretien reste confidentiel dans ses détails - seule la conclusion argumentée est communiquée au médecin agréé, puis intégrée dans votre dossier préfectoral.


Je ne peux pas être votre médecin traitant. Cette exigence de neutralité est dans les textes. Pour rendre un avis valide, je dois être extérieur à votre suivi habituel. Ce n'est pas un manque d'humanité, c'est une garantie d'impartialité pour vous comme pour la procédure.

Une dernière chose : pourquoi j'exerce ce métier

Passer un test psychotechnique, pour beaucoup de personnes, c'est une étape administrative parmi d'autres dans un parcours déjà difficile. Pour moi, c'est autre chose.


C'est un moment où quelqu'un vient me parler d'une décision qui a changé sa vie - parfois un instant de relâchement, parfois une habitude ancrée, parfois une période de sa vie qu'il voudrait avoir traversée autrement. Et je suis là, non pas pour sanctionner, mais pour évaluer honnêtement si la reprise de la conduite est compatible avec la sécurité de cette personne et des autres usagers de la route.


Ce n'est pas une mission que je prends à la légère. C'est pourquoi j'accorde autant d'importance à la qualité de l'accueil, à la conduite de l'entretien, et à la restitution que j'offre - même quand l'avis est défavorable. Vous méritez une évaluation sérieuse et une réponse honnête, pas une case cochée dans un dossier.

Passez votre test psychotechnique dans un cadre personnalisé et bienveillant.

Réserver mon test psychotechnique 110 € · Résultat le jour même · Paris 11ᵉ