L'entretien avec le psychologue

Ce qui est abordé pendant
l'entretien avec le psychologue

L'entretien dure 10 à 20 minutes. Il est avant tout un entretien de prévention. Et vise principalement à identifier, avec vous et pour vous, quels sont vos facteurs de protection, et de risques afin d'en évaluer l'équilibre dans le cadre d'une éventuelle reprise de la conduite.

À retenir en 30 secondes

L'entretien individuel dure 10 à 20 minutes. Le Psychologue cherche à évaluer votre lucidité, votre projet de retour à la conduite, votre rapport aux risques et non pas à vous juger.
La règle d'or : restez vous-même.

C'est probablement la partie du test psychotechnique qui vous angoisse le plus. Pas les exercices sur ordinateur mais l'entretien avec le psychologue.


Qu'est-ce qu'on va vous demander ? Comment faut-il répondre ? Faut-il tout avouer ou au contraire minimiser ? Je conduis cet entretien régulièrement et je peux vous dire ce que je cherche réellement, et plus important encore : ce que je ne cherche pas. Cet article vous donne les outils concrets pour aborder ce moment sans erreur, sans surjouer, et avec la tranquillité de quelqu'un qui sait ce qui va se passer.

01Comprendre l'objectif réel de cet entretien

Avant toute chose, il faut savoir ce que le Psychologue cherche vraiment. Beaucoup des usagers que je rencontre se trompent sur cette intention, et leurs réponses partent à côté.

L'entretien vise globalement à répondre à quatre questions implicites :

01 - Introspection Avez-vous compris ce qui s'est passé ? Identifier clairement les circonstances et les facteurs. Pas pour vous y faire revenir, mais pour vérifier que vous n'êtes pas dans le déni.
02 - Apprentissage Avez-vous tiré des enseignements ? La perte de permis est un signal. Le Psychologue cherche à savoir si ce signal a été entendu, si quelque chose a évolué.
03 - Aptitude Vos conditions actuelles permettent-elles la conduite ? Santé, équilibre psychologique, charge professionnelle. Autant de facteurs qui influencent l'aptitude à la conduite.
04 - Projection Avez-vous un projet réaliste de retour ? Quels usages, quelle vigilance, quels engagements concrets ? Ces questions évaluent votre projection vers l'avenir.
Ce que le psychologue ne cherche PAS

Vous faire culpabiliser. Détailler les circonstances sordides. Évaluer votre moralité ou votre intelligence. Comparer votre cas à d'autres. Garder cette distinction en tête vous aidera à formuler des réponses adaptées.

02Les questions que vous allez probablement entendre

Voici quelques exemples de catégories de questions avec pour chacune, ce que pourrait être une bonne et une mauvaise formulation. Ce ne sont pas des modèles à apprendre par cœur. La lecture vous aidera à comprendre la logique de l'entretien et non pas de reproduire les réponses.

Question 01 · Sur les circonstances
« Que s'est-il passé exactement ? »

Ce qui est cherché : votre lucidité sur les faits, votre capacité à les reconnaître sans dramatiser ni minimiser.

À privilégier

« J'ai été contrôlé positif à l'alcool en sortant d'un repas familial. J'avais sous-estimé ma consommation et j'ai pris la voiture parce que j'habite à 5 minutes. C'était une erreur, j'aurais dû appeler un VTC. »

Factuel, chronologique, assume sans dramatiser. Une erreur identifiée, une alternative évoquée.
À éviter

« En fait c'est compliqué, j'avais juste bu deux verres de vin, le gendarme m'a arrêté pour un contrôle aléatoire et le test a réagi bizarrement, je pense qu'il y a peut-être eu une erreur. »

Minimisation + remise en cause + posture défensive. Le Psychologue lit du déni.
Question 02 · Sur la consommation
« Quelle est votre consommation habituelle d'alcool ? »

Ce qui est cherché : votre sincérité globale et votre capacité à parler ouvertement. Un déni complet (« je ne bois jamais » alors que vous étiez à 1,2 g/L) éveille bien plus la méfiance qu'un aveu modéré.

À privilégier

« Je consomme de l'alcool en société, principalement les week-ends, généralement 2 à 3 verres. Depuis l'incident, je m'oblige à zéro alcool quand je dois conduire. »

Honnête, chiffré, mentionne un changement concret post-incident.
À éviter

« Je ne bois quasiment jamais d'alcool, c'était vraiment exceptionnel. »

Peu crédible si l'infraction est liée à l'alcool et qu'il ne s'agit pas de la première. Indice de déni.
Question 03 · Sur les engagements futurs
« Que mettrez-vous en place pour éviter une nouvelle infraction ? »

Ce qui est cherché : capacité à identifier et mettre en place des stratégies. Pas des promesses générales mais des actions précises, et concrètes.

À privilégier

« J'ai pris la décision de ne plus consommer d'alcool quand je dois conduire, sans exception. J'ai décidé de me mettre au sport pour évacuer la pression du travail à raison de 3 fois par semaines. Pour les longues distances, je prends désormais le train. »

Trois engagements concrets et vérifiables, ancrés dans le quotidien.
À éviter

« Je ferai attention à l'avenir. »

Trop vague. Sonne comme une promesse de circonstance.
Question 04 · Sur l'usage du permis
« Le permis vous est-il indispensable au quotidien ? »

Ce qui est cherché : comprendre votre contexte de vie et votre projet réel. Pas pour évaluer si vous « méritez » le permis, mais pour ancrer la démarche dans la réalité.

À privilégier

« Je suis commercial. La voiture me sert pour me rendre chez les clients et pour les courses familiales le week-end. Depuis la suspension, je prends le train mais c'est compliqué pour mes enfants. »

Concret, factuel, sans dramatisation excessive ni minimisation.
À éviter

« Sans permis, je perds tout. Mon emploi, ma famille, ma vie sociale, ma santé… »

Dramatisation et peut être perçue comme manipulation émotionnelle.
Question 05 · Sur la santé
« Comment dormez-vous en ce moment ? »

Ce qui est cherché : aptitude physique et cognitive immédiate, et disposition à signaler ce qui pourrait gêner la conduite.

À privilégier

« Plutôt bien en moyenne, mais j'ai eu quelques périodes de stress après la suspension. Je consulte mon médecin traitant si ça dure. »

Honnête sur les difficultés, mentionne une prise en charge.
À éviter

« Très bien, parfaitement, aucun souci. »

Sonne préparé. La perfection éveille la méfiance.

03Les 5 pièges à éviter

01
Minimiser les faits

L'erreur la plus fréquente. Dire que « c'était juste un petit verre » alors que votre alcoolémie était à 1,8 g/L met le Psychologue en alerte : si vous minimisez, c'est que vous n'avez pas suffisamment pris la mesure de la situation.

Formule à privilégier « Mon taux était de 1,8 g/L. C'est largement au-dessus de la limite. Je ne pensais pas être à ce niveau, ce qui montre que je sous-estimais ma consommation. »
02
Surenchérir dans la culpabilité

L'inverse est tout aussi mauvais. Arriver en larmes en répétant « je suis un monstre » n'inspire pas confiance. Le Psychologue se demande si vous êtes capable d'aborder le sujet avec lucidité ou si une crise émotionnelle obstrue votre jugement.

Formule à privilégier« C'était une faute sérieuse, j'en assume les conséquences. »
03
Donner des réponses préparées

Vous reconnaîtrez ces réponses : « J'ai pris conscience de la valeur du permis et de la responsabilité qu'il représente.  » Trop lisses, trop générales, trop « sortie de manuel ». Le Psychologue les détecte instantanément.

Formule à privilégier Soyez authentique, concret et personnel. Donnez un exemple, une anecdote, un changement précis dans votre quotidien.
04
Tenter de manipuler le récit

Inventer des justifications ou accuser les forces de l'ordre (« le gendarme m'avait pris en grippe »). Le Psychologue n'est pas dupe et ces récits éveillent la méfiance.

Formule à privilégierLa sincérité, même imparfaite, est toujours mieux qu'un récit construit.
05
Refuser l'échange

« Je n'ai rien à vous dire, c'est dans mon dossier  ». Cette attitude est lue comme un manque de coopération et de prise de conscience. Vous avez le droit de ne pas développer un point, en précisant lequel et pourquoi, mais refuser globalement l'échange n'est pas une option.

Formule à privilégier« Je préfère ne pas entrer dans le détail de cet aspect, c'est encore difficile pour moi. ». Le psychologue le respectera et ce, en accord avec le Code de Déontologie de la profession.

04Ce que vous avez le droit de faire pendant l'entretien

Plusieurs droits sont peu connus mais peuvent vous aider à mieux vivre cet échange.

Demander à reformuler « Pouvez-vous me préciser le sens de votre question ? » Aucune pénalité, c'est même perçu positivement.
Prendre le temps de réfléchir Vous n'êtes pas obligé de répondre du tac au tac. Le silence est souvent perçu comme un signe de réflexion, pas de récitation.
Exprimer une émotion Montrer que vous êtes ému ou stressé n'est pas un signe d'inaptitude. C'est tout simplement humain.
Décliner un sujet « Je préfère ne pas développer ce point » est une formule recevable.
Demander une pause courte Si vous vous sentez submergé, dites-le. Personne ne vous le refusera.
Poser des questions « Quelles sont vos observations à ce stade ? » est une question légitime à la fin de l'entretien. C'est avant tout un échange.

05Le cas particulier des infractions liées à l'alcool ou aux stupéfiants

Ces situations méritent un paragraphe à part, parce que c'est ici que la peur du jugement est la plus forte.

Pour l'alcool

La question qui revient le plus est : « Avez-vous une consommation régulière ? ». Soyez factuel : « Oui, je consomme [X verres par semaine] » ou « Non, je consomme occasionnellement, principalement en événement social ». La plupart des consommations modérées ne posent aucun problème. Ce qui pose problème, c'est le déni complet ou l'incapacité à reconnaître une consommation excessive qui a pu être ponctuelle, mais ayant tout de même causé l'infraction.

Pour les stupéfiants

Comme pour l'acool, la sincérité reste la meilleure stratégie. Si vous avez arrêté depuis l'infraction, dites-le et expliquez ce qui a changé. Si vous consommez encore occasionnellement (cannabis par exemple), un aveu lucide est préférable à un déni qui sera de toute façon contredit par les analyses biologiques de la Commission médicale.

Le Psychologue est tenu au secret professionnel pour tout ce qui sort du strict cadre de l'évaluation. Vos confidences ne remontent pas à la préfecture. Cabinet Aptitude

Mentionner si vous avez sollicité un suivi (consultation chez un médecin, addictologie, groupe d'entraide) est un plus. Cela montre une démarche active de prise en charge.

06Les bonnes pratiques après l'entretien

Une fois l'entretien terminé, vous passez aux tests informatisés (20 à 25 minutes). Quelques recommandations :


  • Ne ressassez pas l'entretien. Vous risqueriez de perturber votre concentration. L'entretien est terminé, il appartient au passé.
  • Demandez de l'eau si vous le souhaitez. Aucun problème pour boire un verre d'eau pendant les tests.
  • Restez attentif aux consignes. Demandez à les répéter si nécessaire. C'est sans pénalité.
  • Acceptez l'imperfection. Le test évalue votre niveau global, pas votre score à chaque tâche.

07Le résultat et ses suites

À la fin de l'examen (entretien + test psychotechnique), le Psychologue vous remet le résultat le jour même, en version papier. Trois cas possibles :


  1. Avis favorable - vous repartez avec votre document, vous pouvez planifier la visite médicale ;
  2. Avis favorable avec restriction - vous êtes apte sous certaines conditions ;
  3. Avis défavorable - le Psychologue vous explique brièvement les axes problématiques. Vous pourrez repasser le test après un délai (à discuter ensemble).

Dans tous les cas, le résultat est confidentiel jusqu'à transmission par vos soin du rapport au Médecin agréé ou à la Comission Médicale. Aucune information personnelle de l'entretien n'est transmise hors avis final.

08Récapitulatif : les 7 règles d'or

  1. Soyez factuel sur les circonstances, sans surenchère ni minimisation.
  2. Reconnaissez la gravité de l'infraction, sans vous flageller.
  3. Donnez des exemples concrets des changements que vous avez mis en place.
  4. Soyez honnête sur votre consommation d'alcool ou de stupéfiants.
  5. Mentionnez les démarches actives que vous avez entreprises (consultations, suivi, etc.).
  6. N'inventez pas de justifications ou d'excuses qui décrédibiliseraient votre récit.
  7. Vous avez le droit de ne pas développer un point, à condition de le formuler clairement.

Si votre RDV approche, préparez mentalement vos quatre réponses-clés (circonstances, consommation s'il y a, projet de retour, stratégies de changement mises en place). Mais ne préparez pas un script. Restez naturel et adaptable selon les questions posées.

Un cabinet où l'entretien se passe dans l'écoute et le respect.

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